émeutes des banlieues

Mercredi 5 décembre 2007
Nouvel épisode dans l’affrontement Etat / ghettos, l’appel à al délation pour trouver celui qui aurait (tout homme est jugé innocent…) tiré sur un flic. Pour illustrer mon premier article, je retranscris ici un interview du chercheur sociologue Laurent Mucchielli :
Pourquoi les émeutes de Villiers le Bel, au contraire de celles de 2005, n’ont-elles pas provoqué un embrasement ?
Pour deux raisons : en 2005, il y avait eu un terrain préparatoire, les phrases de Nicolas Sarkozy sur le karcher et la racaille, qui avaient échauffé les esprits dans toutes les cités ; puis il y avait eu la gestion catastrophique de la crise, le discours qui exonérait les policiers de toute responsabilité dans la course poursuite de Clichy sous Bois, et qui salissait la mémoire des enfants morts en insinuant qu’ils pouvaient être des déliquants. Cette fois, il n’y a pas eu de provocation préalable. […] les habitants attendaient deux choses : qu’on accorde symboliquement le statut de victime aux deux adolescents morts pour rien ; et qu’on mène une enquête impartiale.[ …]
Les émeutes, entend on dire, seraient el fait de délinquants récidivistes, voire de bandes organisées…
C’est le même discours qu’en 2005. A l’assemblée nationale, Nicolas Sarkozy avait dit : 75% à 80% des émeutiers sont des délinquants récidivistes. Or, les magistrats, les RG, puis, nous, chercheurs, avions montré que c’était faux. Avoir de la compassion pour les policiers qui viennent d’en prendre plein al figure n’autorise pas à imposer une version policière de l’émeute. Car parler de bandes organisées, c’est criminaliser l’émeute. Celle-ci se traduit par des actes de délinquance, mais ne regarder que la forme des actes tend à les vider de leur signification. Je refuse ce vocabulaire policier, pas seulement parce qu’il nie le sens de l’émeute, mais parce qu’il est faux : ce n’est pas parce que des groupes de copains, comme chaque soir, se retrouvent sur al dalle devant l’immeuble et que la discussion porte sur la bataille du soir qu’il s’agit d’une bande organisée. […] De toute façon, ce n’est pas parce qu’un jeune a commis un acte de délinquance qu’il n’a pas les mêmes raisons d’être en colère que celui qui ne l’a pas commis.
On a franchi un degré avec l’utilisation d’armes à feu ?
C’est vrai, deux policiers ont reçu une balle, ça ne veut pas dire qu’ils se faisaient tirer dessus dans tous les coins. Le syndicat UNSA police affirme qu’il n’y a pas plus d’un ou deux fusils dans la cité, mais al question n’est pas là car un seul peut tuer. […] le degré de violence est monté parce que la situation dans les quartiers continue de se dégrader.
Pour Nicolas Sarkozy, la violence serait le fait de quelques voyous qui terroriseraient les quartiers.
Et pourquoi y a-t-il des gens sur les trottoirs ou aux fenetres pour les soutenir ? après les émeutes de novembre 2005, on a fait une enquête sur 4 quartiers, avec des gens de tout âge, et pas que des émeutiers. Très vite, ils vous parlent de leur quotidien et des raisons qui font qu’ils sont au bord de la crise de nerf : les relations avec la police, l’échec scolaire, le niveau de chômage qui précipite les jeunes dans la délinquance, et surtout à l’image globale de l’immigration dans la société française. Ils vous disent qu’ils n’en peuvent plus d’être stigmatisés, dévalorisés, infériorisés, toujours suspects d’être moins moraux, plus violent, mauvais parents.
Rien n’aurait été fait depuis 2005 ?
Non, la situation a empiré. Sur l’échec scolaire on a pas avancé d’un iota. […] on met en avant le fait de favoriser une élite scolaire, pour que les meilleurs élèves des ZEP puisent intégrer les grandes écoles. Mais les élites, elles vont partir du quartier. Le problème, c’est ceux qui sont en échec et vont y rester. Or, cet échec est fabriqué par l’éducation nationale, qui n’est pas adaptée aux quartiers populaires : elle prétend produire de l’égalité en traitant de la même manière tous les gamins. Mais du fait du niveau scolaire des familles elles mêmes, les enfants n’arrivent pas égaux à l’école.  Quand vous traitez de façon égale des gens inégaux, vous reproduisez les inégalités. […]
Que faudrait-il faire pour l’école ?
On évoque toujours les problèmes du collège, les élèves perturbaterus, absentéistes, et l’échec au brevet. Il serait temps de comprendre que l’échec scolaire se construit au stade de l’apprentissage des fondamentaux – l’écriture, lecture, calcul – c'est-à-dire à la fin de la maternelle, au CP, CE1. C’est là que le mal s’enracine, que des élèves vont entrer au CE2 loin du niveau des autres, qu’ils vont faire l’expérience de l’incompréhension, vont prendre le statut de cancre, reculer dans la classe et devenir de futurs perturbateurs.[…]
Quels sont les autres objectifs prioritaires ?
Le chômage, car il tourne autour de 40% chez les jeunes. Et la police ! tant qu’en France on aura des gens qui opposeront prévention et répression, qui entretiendront le stéréotype du policier qui maintient l’ordre de celui qui écoute les malheurs des gens, on interdira toute évolution.[…]
Et le regard sur l’immigration ?
C’est l’essentiel. En 2005, les habitants nous on dit :  « on n’en peut plus de ce regard porté sur nous. On est des parias, vous nous rejetterez toujours ». Des gosses de la 3e génération nous on dit : « jusqu’à quand va-t-on m’appeler « issu de 

l’immigration » ? Si c’est la couleur de ma peau, je ne peux pas la changer ». On sort d’une campagne électorale où la question de l’immigration a été mise en avant d’une manière stratégique pour capter les voix de l’extrême droite, et ça a marché.
Par pinelli
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Mardi 27 novembre 2007
Ce sont celles qui sont les plus violentes, celles qui sont les plus destructrices, celles qui font le plus peur. Peur à la population entière, paradoxalement même à celle de ces banlieues. Toute la rage, la colère, la haine se déverse toutes les nuits au sain même de l’expression de l’exclusion de nos démocraties.
Car c’est là le problème principal. De tout temps et en tout lieux, les sociétés, quelle que soit leur régime, engendre des exclusions. Les plus faibles, les plus pauvres, ceux qui ne rentrent pas dans la cadre, dans la norme fixée par cette société, en sont écartés. Le phénomène des cités est en cela intéressant. La France a été pendant des siècles une terre d’accueil, et des vagues d’immigration sont venues au secours de notre pays. Ainsi, après-guerre, la France a été aidée par ces populations étrangères pour sa reconstruction.
Pour  remercier ces travailleurs étrangers, venus essentiellement du Maghreb, le gouvernement des années 50-60 puis 70, tous à droite, les ont parqués dans les villes communistes de l’époque. C’est le début de la ghettoïsation. Plutôt que de leur faciliter l’assimilation, l’intégration à leur terre d’accueil, le pouvoir en place les a mis au ban de la société et enfermé dans des « cités ». (cf la zik de Renaud : « Banlieue Rouge »…)
Aujourd’hui, l’héritage de ces ghettos est effroyable : racisme, répression, misère, chômage, zones délaissées par les politiques, insécurité… qui n’a pas vu de reportages sur les bâtiments laissés à l’abandon par les maires de ces villes ? des cahiers de doléances, plus de 20 000, ont été écrits par ceux qui vivent dans ces banlieues : des revendications multiples y sont faites, et un chapitre entier concerne la justice. En effet, la population de ces quartiers n’a plus confiance dans la justice, celle ci dégageant un sentiment d’impunité pour les puissants. Il y a trop de bavures impunies, et de plus en plus nombreuses ! (source : http://www.humanite.fr/2005-04-19_Societe_Les-bavures-tres-orientees). Les policiers tentent d’éteindre aujourd’hui la feu qu’ils ont eux mêmes allumés. La peur du flic est présente à chaque coin, et les affaires de Bouna et Zaieb en 2005 à l’origine des révoltes et les multiplications des défenestrations des sans papiers viennent le prouver.
Dans ces banlieues, on ne croit plus au modèle France.
Aujourd’hui, cette rébellion, car c’est de cela qu’il s’agit, est l’expression d’un raz le bol. Un raz le bol des plus jeunes, victimes du racisme, du mépris et de la répression de l’Etat. Car celui-ci, pour s’assurer de la « paix sociale » (sic), pour contrôler ces exclus, remplit les banlieues de bleu. Le bleu de la police, garante et bras armée de ce gouvernement. Le bleu du cache misère. Ce bleu qui a des pouvoirs immenses, dont la parole vaut plus que celle d’un habitant de ces quartiers. Ce bleu qui contrôle au faciès. Ce bleu qui provoque. Et ce bleu qui bave…
La rage au ventre, c’est contre cela que la violence est dirigée ! Les principaux problèmes de ces quartiers, outre le racisme et la misère, sont le mépris ressentis avec une telle violence de la part des puissants au pouvoir, et de son bras armé, la police. Un rapport de force est engagé depuis le passage de Sarkozy au ministère de l’intérieur, qui les a insulté et provoqué (on se souvient tous de « racailles »). De nombreuses études ont faites depuis des dizaines d’années sur ces banlieues, et rien n’a été fait, la situation en encore pire qu’en 2005. (je cite pour mémoire l’excellente œuvre de Laurent Mucchielli, Violences et insécurité : http://www.acontresens.com/livres/39.html ).
Les médias ont leur rôle dans tout cela, et mettent de l’huile sur le feu en se faisant le relais du gouvernement et des policiers en dédouanant quelques heures après les policiers, alors même qu’un juge n’est pas encore nommé pour mener enquête !
Alors il faut certes condamner ces violences contre les écoles, contre les bibliothèques, contre les habitants de ces quartiers ! Mais il faut les comprendre ! C’est l’incompréhension qui provoque la peur des « bonnes gens », mais cela fait trop longtemps que les mots n’ont rien fait avancer dans ces quartiers. Je ne suis pas en train de justifier les violences, au contraire, il faut les condamner, mais il ne faut pas élucter les problèmes sociaux que portent ces révoltes. Il ne faut pas être aveugle : condamner, oui, mais aussi comprendre et analyser !
La banlieue est une poudrière, et les pseudos experts qui défilent dans les émissions de télé ne font que rajouter le risque d’une étincelle.
La constitution de 1793 proclamait le droit et même le devoir à l’insurrection, lorsque le pouvoir violait les droits du peuple. Pendant encore combien de temps les citoyens, les privilégiés, ceux habitant en dehors de ces quartiers et qui frissonnent de peur en regardant les médias (qui font du sensationnelle et voguent sur ces peurs pour faire de l’audience) vont-ils continuer à accepter l’exclusion sociale de cette génération black blanc bleur qu’ils ont encensés en 1998 ??
 
 
Par pinelli
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