Retraites : à bas les régimes spéciaux !!
Audiard, dans son film les Barbouzes, fait dire cela à un des acteurs : « la retraite, faut la prendre jeune ; faut surtout la prendre vivant.
C’est pas dans les moyens de tout le monde ».
En effet, la question des retraites fait partie de la question de la vie : quelle est la vie que nous voulons ? Quelle est celle que nous
vivons ? Quel choix de vie pour nos enfants, ainsi de suite… la vie connaît plusieurs phases : la première concerne l’éducation : nous naissons, et nous nous construisons en tant
qu’être pendant on va dire une bonne vingtaine d’année. On se forge alors une identité, une culture, une famille… je ferais commencer la deuxième phase lors de l’entrée dans la vie
active : là nous commençons à exercer un métier, un travail, et ce pour des dizaines d’années. Enfin, la dernière phase de la vie intervient à la retraite : les fruits de nos dures
années de labeurs peuvent être enfin cueillis. Nous profitons de notre temps libre pour nous-mêmes, prenons le temps de vivre, sans contraintes majeures.
Les retraites, justement, en quoi consistent t elles ? Si l’on prend un dico d’économie lambda, nous y trouvons cette définition : « les
retraite sont des prestations sociales versées à des individus, à partir d’un âge donné, le plus souvent sous la condition d’arrêt de leur activité professionnelle ». Nous apprenons aussi
que le montant de la retraite versée est lié au niveau des cotisations versées pendant la période d’activité.
Voilà pour les bases. En résumé, le retraité touche une pension pour laquelle il aura « mis de coté » (cotisé) pendant qu’il travaillait, en prenant
un peu tous les mois sur son salaire, cela ajouté aux cotisations patronales. Il faut aujourd’hui cotiser pendant 40 ans pour pouvoir partir en retraite. Bref, c’est assez compliqué.
nous n’irons pas plus loin ici, car mon propos n’est pas de faire une page sur le système des retraites, avec tous ses tenants et aboutissants…
Ce qu’il faut savoir, c’est que la caisse de financement de ces retraites est en grand déficit, pour plusieurs raisons, dont la plus importante est
l’allongement de la durée de vie. C'est-à-dire qu’il y a de moins en moins d’actifs pour payer les retraites des retraités actuels, et donc, de par cet allongement de la durée de la vie, des
retraités futurs. Le financement est de fait le problème central ; mais aussi un enjeu politique.
Un enjeu politique, car c’est le gouvernement qui décide de la manière de financer ces retraites. Par exemple, le gouvernement de la législature Chirac
avait décidé de mettre en place en France le système qui fonctionne dans les pays anglo-saxons, à savoir la retraite par capitalisation : ce système permet à ceux qui en ont les moyens de
mettre de l’argent de coté sur un compte en banque et de le faire fructifier jusqu’à leur départ en retraite. Il se fait indépendamment du système de cotisations précédemment décrit. On devine à
qui ce système profite et en quoi il est profondément inégalitaire.
Venons en maintenant aux régimes spéciaux. Ces régimes permettent à ceux qui en bénéficient de partir en retraite au bout de 37,5 années d’activités. Il s’agit
des entreprises publiques accusées dans les médias et par les citoyens mal informés d’être des « privilégiés » (bouhh les méchants...) : EDF, la SNCF, la RATP…
Mais adoptons ici une attitude critique et passons outre la tentative de certains (mais qui ?...) de dresser des hommes – et des femmes – contre d’autres…
Quelques chiffres sont tout d’abord nécessaires : les régimes spéciaux coutent à l’Etat environ 5 milliards d’euros par an. Ces mêmes entreprises publiques rapportent à peu près la même
somme (sources : Bernard Maris, professeur d’économie à Paris VIII). Les cotisations des cheminots : 1,8 Milliard d’euros. (Allègement de la part de l’Etat des charges aux
entreprises : 25 milliards d’euros par an.) Le coût des régimes spéciaux est négligeable. Il représente 6 % des dépenses de retraites, c’est-à-dire 0,7 point de PIB, aujourd’hui comme à long
terme, et moins de 500 000 cotisants pour plus d’un million de retraités.
Prenons maintenant l’exemple précis des cheminots, qui semble le plus enclin aux polémiques : Il est ouvert à 50 ans pour les seuls
conducteurs de locomotives (environ 11 % des agents
SNCF) et à 55 ans pour tous les autres agents. Pour bénéficier d'une pension normale, il
faut compter au moins 25 ans de services. Contrairement au régime général, les services
avant 18 ans et le temps d'apprentissage ne sont pas pris en compte, les années d’études
ne peuvent pas être rachetées. Il n’existe pas non plus, contrairement au régime général
et au régime des fonctionnaires, de majoration de durée d’assurance pour enfants ou pour
enfant handicapé. Les périodes de chômage ne sont pas validées. Toutes les périodes
prises en compte dans les services valables pour la retraite sont donc des périodes
cotisées, contrairement à d’autres régimes (source : tract explicatif des alternatifs). Ils partent donc à la retraire en moyenne à 55, 1 mois. Cela peut
paraître tôt, si l’on ne prend pas la peine de le comparer avec l’âge de cessation d'activité des salariés en France : 57,5 ans environ qui ne coïncide plus avec l'âge de la liquidation de
la pension du fait du chômage, des préretraites1, etc. L'écart n'est donc pas aussi important qu'il n'y paraît. En effet, le chômage frappe durement les personnes après 50 ans.
C’est donc à la lumière de ces chiffres que l’on peut se rendre compte du caractère éminemment politique de la réforme consistant en la remise en cause de ces
régimes spéciaux.
En effet, la communication du gouvernement est basée sur l’équité, l’égalité entre tous érigée en principe. Mais pourquoi une égalité vers le bas ?
Pourquoi pas 37,5 pour tous ? Ne serait ce pas la véritable égalité ? L’argument financier ne tient pas, au regard des 25 milliards de cadeaux aux entreprises citées précédemment, et
aux 15 milliards du bouclier fiscal offerts aux plus riches, entre autres. La France est un pays riche, ne pouvons nous pas mieux répartir les bénéfices de l’Etat ? Certains pays ont devancé
le problème du financement en mettant de coté depuis de longues années.
Surtout qu’en matière d’équité, la réforme sur les régimes spéciaux laisse à désirer. En effet, quid du régime spécial des
pêcheurs ? De celui des militaires ? La « grande muette » bénéficie aussi d’un régime spécial : Alors que 1100000 retraités de la
fonction publique se partagent 5 milliards d’euros, ce sont 8,2 milliards qui sont budgétés pour 513000 pensionnés militaires. Un sous-off’ peut partir en retraite après quinze années de service,
en cumulant avec un autre job (un certain nombre d’emplois civils leur sont réservés, sans concours ni examen)... Pour les officiers, vingt-cinq années de cotisations suffisent, avec possibilité
de cumul. Un général part avec 4000 euros en moyenne, à 57 ans ou plus. (sources :
http://www.rue89.com/2007/11/14/et-maintenant-parlons-un-peu-de-la-retraite-des-militaires?page=1)
Nous voyons donc bien que le problème des régimes spéciaux dépasse la caricature que l’on tente de nous mettre en tête de « privilégiés se battant pour un
régime injuste ». Il s’agit d’un problème politique, social. Quel est le but du gouvernement ? Que cherche t il à faire avec cette réforme ? Pourquoi les médias se taisent sur les
chiffres précédemment cités, sur les militaires ? Pourquoi chercher un rapport de force avec des gens qui se battent pour garder leurs acquis sociaux ?
Aujourd’hui et demain, des gens font grève, descendent dans la rue, et perdent des journées de salaires pour sauvegarder leurs droits. Si ces gens perdent
cette bataille, la guerre sera peut être perdue : la route sera alors dégagée pour faire passer la retraite au bout de 42 ans de travail, voire plus : les syndicats seront morts au bord
du pavé, avec eux l’espoir d’une meilleure répartition des richesses et la sauvegarde des derniers acquis sociaux. Ils se battent pour nous, pour le futur de nos enfants. Il faut donc abolir tous
les régimes spéciaux, et aligner tout le monde sur 37,5 annuités.
Demandez aux victimes du thatchérisme ce qu’il est en aujourd'hui : il n’y a plus de gauche aujourd’hui en Angleterre. Est-ce modèle que nous voulons en
France ?
Pour approfondir sur le sujet des retraites, lire l’interview d’un économiste sur ce lien :
http://www.rue89.com/2007/11/14/les-mauvais-calculs-de-la-reforme-des-retraites
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